À l’occasion de la Semaine d’Action Mondiale pour l’éducation 2026, la Coalition Éducation publie son Observatoire annuel des financements français de solidarité internationale consacrés à l’éducation.
Dans un contexte marqué par des besoins éducatifs urgents, la trajectoire de baisse des financements français de solidarité internationale - avec une réduction de 2,3 milliards d’euros dès 2025 et 800 millions supplémentaires en 2026 - fait peser un risque direct sur la capacité de la France à maintenir ses engagements internationaux en matière d’éducation. Ces coupes ont et auront un impact dramatique sur les populations, avec des millions d’enfants et de jeunes supplémentaires susceptibles d’être privés d’apprentissage, entraînant des conséquences durables sur leur vie, leur avenir et celui de leurs sociétés.
Le rapport tire une alerte claire : un écart persistant entre engagements et financements, ainsi que des déséquilibres dans le ciblage et la structuration des investissements éducatifs, malgré des ambitions politiques fortes. Il souligne l’urgence d’un réalignement entre priorités affichées et décisions budgétaires.
Les conclusions du dernier rapport de UNESCO (Global Education Monitoring Report 2026) viennent renforcer ce constat : 273 millions d’enfants et de jeunes restent non scolarisés dans le monde, tandis qu’au rythme actuel, seuls 6 pays sur 10 atteindront l’achèvement du primaire d’ici 2030 et 4 sur 10 celui du secondaire. Par ailleurs, moins d’un tiers des pays à faible revenu disposent des financements nécessaires pour atteindre leurs objectifs éducatifs, illustrant l’ampleur du déficit de financement et la nécessité d’un ciblage renforcé vers les systèmes les plus fragiles.
La France dispose de cadres stratégiques structurants et ambitieux, notamment :
Par ailleurs, la France a co-porté, avec UNESCO et le Partenariat mondial pour l’éducation, un événement de haut niveau consacré au financement de l’éducation dans le cadre de sa présidence du G7, auquel la Coalition Éducation a été associée.
La Coalition Éducation salue ce portage politique fort au niveau international. Toutefois, elle souligne que ces engagements ne se traduisent pas encore pleinement dans les allocations budgétaires observées, révélant un décalage persistant entre priorités affichées et financements effectivement mobilisés.
En 2023, les financements bilatéraux français consacrés à l’éducation atteignent 1,70 milliard USD, soit une hausse de 3,4 % par rapport à 2022.
La part des financements contribuant effectivement au renforcement des systèmes éducatifs s’élève à 6,42 % des décaissements bilatéraux (contre 4,69 % en 2022). Cette progression reste néanmoins en deçà de l’objectif de 10 % défendu par la Coalition Éducation, dont 50 % dédiés à l’éducation de base.
Certaines dépenses continuent de brouiller la lecture de l’effort réel de solidarité internationale et représentent près de 60 % des financements bilatéraux français en matière d’éducation, notamment :
Le rapport met également en évidence plusieurs déséquilibres structurels :
Au niveau de l’Agence française de développement (AFD), les financements consacrés à l’éducation et à la formation s’élèvent à environ 270 millions USD (soit 4,4 % des engagements). La concentration en Afrique subsaharienne progresse, atteignant 63 %. Toutefois, des déséquilibres persistent au sein du continuum éducatif : la part allouée à l’éducation de base demeure insuffisante et les volumes globaux engagés restent en deçà des besoins.
Enfin, les approches transversales restent limitées :
Les financements multilatéraux constituent également un test clé de crédibilité des engagements de solidarité internationale de la France en matière d’éducation.
Concernant le Partenariat mondial pour l’éducation, la France s’est engagée à hauteur de 333 millions € (2021–2025), dont environ 245 millions € déjà versés, laissant un solde d’environ 66 millions € à décaisser. La reconstitution de 2026 sera déterminante.
S’agissant de Education Cannot Wait, la France a annoncé 40 millions € pour 2023–2026, sans aucun décaissement à ce jour.
Une exigence de cohérence entre engagements politiques et financements
Dans ce contexte, la Coalition Éducation appelle à une prise en compte immédiate des conclusions du rapport dans les prochaines échéances : PLF 2027, reconstitutions multilatérales du PME et ECW 2026, cadres européens et internationaux, ainsi que les engagements multilatéraux de la France :
Dans un contexte de contraction des ressources de la solidarité internationale, l’enjeu porte désormais sur la capacité à traduire les priorités politiques en allocations effectives et cohérentes.
La Coalition Éducation salue les efforts engagés par la France en matière de transparence, de suivi des financements et de portage politique international. Toutefois, ces avancées restent partielles et fragiles et risquent d’être remises en cause dans un contexte de réduction drastique des financements alloués à la solidarité internationale, alors même que les besoins éducatifs explosent.
Elle appelle en conséquence à un réalignement profond et immédiat des priorités budgétaires et politiques, afin que les engagements en matière d’éducation se matérialisent effectivement, en particulier en direction des systèmes éducatifs des pays les plus vulnérables, et que le portage politique de la France, y compris dans le cadre de la présidence française du G7, se traduise dans les prochaines décisions et reconstitutions multilatérales.