Au niveau mondial, un financement ambitieux, durable et équitable de l'éducation est indispensable pour garantir le droit à une éducation de qualité pour toutes et tous. Il permet de construire et d'équiper des établissements éducatifs, de former et rémunérer les enseignant.e.s, de produire des ressources pédagogiques adaptées et de renforcer durablement les systèmes éducatifs. Sans investissements suffisants, les progrès vers une éducation inclusive, équitable et de qualité restent hors de portée.
En 2015, les États se sont engagés à atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), dont l'ODD 4 consacré à l'éducation. Dix ans plus tard, les progrès demeurent insuffisants et l'objectif d'une éducation de qualité pour toutes et tous d'ici 2030 est aujourd'hui menacé par un déficit chronique de financement.
Selon les dernières estimations de l'UNESCO, les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur font face à un déficit annuel de financement de près de 100 milliards de dollars pour atteindre les objectifs de l'ODD 4. Dans les pays à faible revenu, les dépenses publiques restent insuffisantes pour répondre à la croissance démographique, aux besoins en recrutement d'enseignants, au développement des infrastructures et aux défis croissants liés aux conflits, aux déplacements forcés et aux crises climatiques.
Cette situation risque de s'aggraver. Malgré des progrès enregistrés au cours de la dernière décennie, les financements internationaux consacrés à l'éducation pourraient diminuer de 30 % entre 2023 et 2027 (UNESCO, 2026), sous l'effet des réductions des budgets d'aide publique au développement annoncées par plusieurs grands bailleurs. Les conséquences seraient particulièrement lourdes pour les pays dont les systèmes éducatifs reçoivent un volume important de ces financements, notamment le Tchad, le Libéria, Madagascar, le Mali, la République démocratique du Congo, l'Éthiopie ou encore le Rwanda (UNESCO, 2025). Selon l'UNICEF, ces réductions pourraient entraîner la déscolarisation de six millions d'enfants supplémentaires, soit l'équivalent de l'ensemble des élèves du primaire en Allemagne et en Italie réunis.
Au-delà de leur rôle essentiel pour garantir un droit fondamental, les investissements dans l'éducation produisent des bénéfices économiques et sociaux considérables. Ils favorisent la croissance, améliorent la santé, réduisent les inégalités, renforcent la participation citoyenne, contribuent à la prévention des conflits et augmentent la résilience face aux crises. À l'inverse, l'UNESCO estime que le coût mondial de la non-scolarisation et des lacunes d'apprentissage pourrait atteindre 10 000 milliards de dollars par an d'ici 2030, soit un montant supérieur aux PIB annuels combinés de la France et du Japon.
Des solutions existent pour surmonter ce défi du financement de l’éducation. Les pays a revenu élevé peuvent coopérer avec les pays dont les besoins sont les plus criants et consacrer une part significative de leur Aide Publique au Développement (APD) à l’éducation, par l’intermédiaire de mécanismes bilatéraux (Ex : Agence francaise de développement) et/ou multilatéraux (Ex : Partenariat Mondial pour l’Education, Education Cannot Wait, Unesco, Banque Mondiale, Union Européénne, etc.). L’APD permet de soutenir les pays partenaires dans la mise en œuvre des politiques publiques d’éducation, ainsi que le financement de projets de terrain à l’initiative d’organisations de la société civile, dans les pays bénéficiaires. Bien que les dépenses publiques d'éducation aient augmenté dans les pays à faible revenu, l'aide publique au développement en faveur de l’éducation représente 13 % de leurs dépenses d’éducation totales (Suivi du financement de l’éducation, 2023).
Pourtant, cette solidarité internationale est aujourd'hui fragilisée. Les annonces de réduction de l'aide publique au développement dans plusieurs pays donateurs menacent directement les progrès accomplis depuis une quinzaine d'années. Les systèmes éducatifs les plus vulnérables risquent d'être les premiers touchés, au moment même où les besoins atteignent un niveau sans précédent.
La France demeure un acteur important du financement international de l'éducation. Elle a honoré sa contribution de 333 millions d'euros au Partenariat mondial pour l'éducation (PME) pour la période 2021-2025, mais les engagements annoncés en faveur d'Education Cannot Wait (ECW) n'ont pas été concrétisés. Les données de l'Observatoire de la Coalition Éducation montrent également que les financements français restent insuffisamment orientés vers le renforcement des systèmes éducatifs partenaires. En 2023, l'éducation représentait 15,37 % de l'aide bilatérale française (1,57 milliard de dollars), mais seuls 18,9 % de ces financements étaient consacrés à l'éducation de base (297 millions de dollars), soit à peine 2,9 % de l'ensemble de l'aide bilatérale française. En outre, moins de 20 % des financements bilatéraux destinés à l'éducation bénéficient aux pays les moins avancés, et seuls 6,42 % contribuent directement au renforcement des systèmes éducatifs partenaires.
Cette situation risque de s'aggraver avec les réductions successives du budget français de la solidarité internationale risquent d'accentuer cette tendance. Après une baisse de 2,3 milliards d'euros en 2025, puis de 800 millions d'euros en 2026, le Gouvernement a annoncé une nouvelle réduction de 300 millions d'euros pour 2027, soit une quatrième année consécutive de diminution des crédits consacrés à la solidarité internationale. Alors que les besoins éducatifs atteignent un niveau historique, ces coupes risquent de compromettre la capacité de la France à soutenir durablement le renforcement des systèmes éducatifs dans les pays partenaires et à honorer ses engagements internationaux en faveur de l'ODD 4.
ace à ces défis, la communauté internationale a réaffirmé lors du Transforming Education Summit des Nations unies en 2022 que le financement de l'éducation constitue une priorité mondiale. Le Call to Action on Education Financing appelle les États à protéger les budgets de l'éducation, augmenter les investissements publics, renforcer la coopération internationale, soutenir les mécanismes multilatéraux et améliorer l'efficacité des financements. Les recommandations de la Coalition Éducation s'inscrivent pleinement dans cette dynamique.
Nos recommandations :
Il est important que la France et la communauté internationale adoptent des politiques de financement de l’éducation pertinentes et efficaces, et notamment :