Éducation en situations de crise

Aujourd'hui, dans le monde, 258 millions d'enfants et d'adolescent·e·s touché·e·s par des crises ont besoin d'un soutien urgent pour accéder à une éducation de qualité. Ce chiffre, en forte hausse, représente 24 millions d'enfants supplémentaires en un an, contre 234 millions en 2025. Parmi eux, 93 millions sont totalement privés d'école. Les filles, les enfants en situation de handicap, les enfants déplacés et les réfugiés restent les plus exposés aux risques d'exclusion éducative (ECW, 2026). 

En 2024, seuls 29,7 % des besoins de financement de l'éducation en situations d'urgence ont été couverts. La situation s'est encore fortement dégradée en 2025 : à la fin du mois de juin, les financements humanitaires globaux ne s'élevaient plus qu'à 6 milliards de dollars, contre 9 milliards à la même période en 2024. Les financements consacrés à l'éducation ont particulièrement chuté, atteignant seulement 327 millions de dollars, soit moins d'un tiers des 1,17 milliard de dollars mobilisés en 2024. Face à cette pénurie, l'ONU a dû revoir à la baisse ses ambitions : dans le Plan de réponse humanitaire révisé de l'OCHA (mai 2025), sur 300 millions de personnes ayant besoin d'une assistance humanitaire, seules 114 millions peuvent désormais être ciblées. L'éducation est l'un des secteurs les plus durement touchés : les besoins financiers exprimés ont été réduits de 33 %, laissant plus de 33 millions de personnes sans réponse éducative, tandis que le nombre de bénéficiaires ciblés a été réduit de 43 % (18,8 millions contre 52 millions initialement), soit une baisse bien plus importante que la moyenne observée dans les autres secteurs humanitaires (17 %). (INEE, 2025). L'éducation en situations d’urgence est encore trop souvent négligée et peu considérée comme un besoin vital.

Pourtant, les crises se multiplient et s’intensifient. La pandémie de COVID-19, les catastrophes climatiques, la crise afghane, les conflits en Ukraine ou au Moyen-Orient, ainsi que d’autres crises oubliées – notamment au Sahel, en Afrique de l’Est ou au Yémen – compromettent fortement la stabilité mondiale et le droit à l'éducation. Les chocs climatiques à eux seuls ont perturbé la scolarité de 242 millions d’élèves dans 85 pays (Unicef, 2024). Par ailleurs, les attaques contre l'éducation se multiplient : le dernier rapport de la GCPEA recense plus de 8 500 attaques contre des écoles, universités, élèves et personnels éducatifs entre 2024 et 2025, soit une hausse d'environ 40 % par rapport à la période précédente.

Les crises les plus sévères continuent de se concentrer notamment en Afghanistan, au Soudan, en République démocratique du Congo, en Éthiopie, en Ukraine, en Palestine et dans plusieurs pays du Sahel, où des millions d'enfants voient leur parcours scolaire interrompu ou compromis. 

En contextes de crise, les lieux d’apprentissage sont essentiels à la survie des populations. Les écoles et centres éducatifs offrent un environnement protecteur face aux dangers exacerbés par les conflits et les catastrophes – violences, mariages précoces ou forcés, recrutement armé, exploitation. Ils constituent également un point d’accès crucial à des services vitaux tels que la nutrition, la santé, l’eau potable, l'hygiène et l’assainissement. Priver une population d'éducation, c’est affaiblir l’un des rares filets de sécurité qui subsistent en temps de crise. 

Qui plus est, maintenir et renforcer une éducation de qualité est une condition fondamentale pour lutter contre les crises humanitaires, en prévenir les effets à long terme et favoriser la reconstruction. L’éducation offre aux enfants et aux jeunes un soutien psychosocial, un cadre pour se projeter, et les compétences nécessaires pour devenir acteurs de leur avenir. Les écoles sont les creusets de sociétés pacifiées, inclusives et résilientes. Soutenir l’éducation, c’est investir dans une paix durable.

Les financements humanitaires sont un moyen fondamental pour améliorer l’éducation des populations touchées par les crises. Ils permettent de financer les agences intergouvernementales et les ONG opérationnelles sur le terrain dès le début d’une nouvelle crise, et notamment d’organiser des activités éducatives, former des enseignants, distribuer du matériel d’enseignement et d’apprentissage adapté, construire des abris et lieux d’éducation temporaires et reconstruire des écoles. 

Selon la seule source de données accessibles sur les financements humanitaires (FTS), l’éducation représentait à peine 5 % des financements humanitaires de la France en 2024.

Nos recommandations : 

L’augmentation des financements humanitaires à l’éducation est indispensable pour soutenir les pays touchés par une crise ou accueillant des populations réfugiées sur leur sol à ajuster les politiques d’éducation, améliorer les infrastructures d’apprentissage et donner aux enseignant.e.s les moyens d’assurer une éducation de qualité.

Pour cela, la France et la communauté internationale doivent :

  • augmenter progressivement et de manière constante les financements humanitaires alloués à l’éducation pour tendre vers les engagements européens de 10% de l’aide humanitaire à l’éducation ;
  • en tant que pays d’accueil, intégrer les réfugiés dans son système d’éducation nationale ;
  • prendre des engagements pluriannuels ambitieux pour financer le fonds Education Cannot Wait ;
  • appuyer les pays à faible revenu à transformer et renforcer les systèmes éducatifs afin qu'ils soient résilients face aux urgences et aux crises sanitaires, aux désastres naturels liés au changement climatique et aux conflits ;
  • renforcer la collaboration avec les pays à revenu faible et moyen inférieur pour mettre en place des systèmes d'éducation et d'apprentissage tout au long de la vie transformateurs, résilients, sûrs, inclusifs, sensibles au genre et de qualité.

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