CDE. Éducation et financements climat : mobiliser les fonds internationaux et innover pour la résilience des systèmes éducatifs

Le financement de l’éducation est un défi mondial majeur en 2026, marqué par des coupes budgétaires et une réduction des financements internationaux. Dans la continuité du cycle 2025-2026 des Champions consacré au financement durable de l’éducation, nous aborderons ce sujet sous le prisme du climat : parce que le climat est déjà l'un des plus gros chocs présents et à venir pour les systèmes éducatifs.

La deuxième session du cycle 2026 a donc porté sur Éducation et financements climat : mobiliser les fonds internationaux et innover pour la résilience des systèmes éducatifs.

Introduction

En introduction, Vanessa Martin (représentante de la Coalition Éducation) et Cheikh Tidiane Aw (représentant de la COSYDEP Sénégal) ont rappelé que face aux chocs climatiques perturbant la scolarité de 242 millions d'élèves pour un coût de 7 milliards de dollars par an, le secteur éducatif reste dramatiquement sous-financé en recevant moins de 1,5 % de la finance climat mondiale. La Coalition Éducation et les coalitions partenaires du Burkina Faso, de Madagascar, du Sénégal et du Togo se sont récemment mobilisés en publiant leur note de positionnement commune « Faire de l’éducation un pilier de la résilience climatique », visant à placer le nexus Éducation-Climat au cœur des politiques publiques et des financements internationaux. Ce concept rappelle que l'éducation n'est pas seulement une victime des crises, mais constitue le bouclier et le moteur essentiel de la résilience. Les cinq coalitions appellent les gouvernements et la communauté internationale à faire du nexus Éducation-Climat une priorité politique et budgétaire. Elles recommandent notamment l’intégration de la résilience des systèmes éducatifs dans les plans sectoriels de l’éducation et les stratégies climatiques nationales, l’institutionnalisation de l’éducation à l’environnement et au développement durable dans les curricula et la formation des enseignants, la création de lignes budgétaires dédiées ainsi que le renforcement de la coordination entre les différents secteurs concernés.

Partie 1/ Intégrer le climat dans les politiques nationales éducatives et accéder aux fonds multilatéraux 

Gabrielle Leroux (référente éducation/climat à l’Agence Française de développement) a modéré et introduit la première partie du webinaire. Elle a rappelé que l’AFD a été pionnière en devenant la première banque de développement à rendre l'ensemble de ses financements compatibles avec l'accord de Paris dès 2017. L’AFD intègre le climat dans l'éducation à travers trois priorités : la résilience des infrastructures scolaires, le développement des compétences vertes et la garantie d'une transition juste pour l'emploi. Illustrée par le programme AdaptAction au Sénégal, cette stratégie vise à intégrer le climat dans l'éducation et inversement, afin de mobiliser les financements nécessaires.

Pour illustrer cette première partie, Aurélie Ceinos (Senior Policy Advisor, Gender Equality and Social Inclusion, au sein du NAP Global Network dont  l'objectif principal est d'appuyer les gouvernements à mieux planifier l'action en matière d'adaptation au niveau national), a présenté l'intégration de l'éducation dans les Plans nationaux d'adaptation (PNA). S'articulant autour de quatre phases clés — de l'évaluation des risques au suivi-évaluation —, la démarche inscrit la résilience à long terme directement au cœur des politiques et des budgétisations nationales. Toutefois l'alignement entre climat et éducation se fait de manière pragmatique : il s’agit de  « saisir l'opportunité. Donc si le PNA est en cours et qu'il va être écrit, il vaut mieux commencer par ça. Par contre, s'il y a une révision des politiques nationales d'éducation qui est en cours et que le PNA est loin d'être fini ou est déjà acté, et bien on peut plutôt commencer par intégrer le climat dans la politique éducation ». À chaque étape, les organisations de la société civile sont essentielles pour apporter leur expertise de terrain, porter la voix des groupes marginalisés, stimuler l'innovation et garantir la transparence. Face à l'écart massif entre les besoins d'adaptation et la finance climat disponible, le secteur éducatif dispose de quatre points d'entrée : la résilience des infrastructures, les projets à co-bénéfices environnementaux, l'adaptation des programmes et la continuité pédagogique en cas d'urgence. L'accès aux fonds internationaux impose toutefois de collaborer avec des entités accréditées et de fournir une justification scientifique rigoureuse, l'additionnalité des mesures, leur alignement sur les PNA ainsi que l'intégration transversale de l'égalité de genre.

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Veronica Valdivieso (directrice du projet BRACE à Save The Children) est ensuite revenue sur l’initiative CSESI (Climate-Smart Education Systems Initiative). Dotée d'un budget de 21 millions de dollars financé par le Partenariat mondial pour l'éducation, cette initiative accompagne 35 pays d'Afrique, d'Asie, des Caraïbes et du Pacifique pour intégrer l'adaptation climatique dans leurs politiques éducatives et renforcer la coordination interministérielle. Face aux lacunes récurrentes en données factuelles, en compétences techniques et en articulation entre les ministères de l'Éducation, de l'Environnement et des Finances, CSESI a pour ambition de lever les freins qui bloquent l'accès aux fonds internationaux. Dans ce processus, la société civile joue un rôle de passerelle essentiel en documentant les réalités locales, en défendant les populations vulnérables et en co-construisant des dossiers d'investissement réalistes. S'appuyant sur cette dynamique, le projet BRACE constitue la première initiative éducative financée par le Fonds vert pour le climat au Cambodge, au Soudan du Sud et aux Tonga, combinant résilience communautaire, accès aux données risques et apprentissage mondial entre pairs. Pour surmonter le déficit global de financement, BRACE s'adosse également à une plateforme de co-investissement regroupant douze partenaires stratégiques, dont l'Agence française de développement. L'expérience de Kiribati illustre cette approche : à la suite d'un atelier régional, le gouvernement a mis en place un groupe de travail interministériel pour formaliser des projets d'infrastructures et de programmes résilients. En définitive, CSESI et BRACE démontrent que la transformation durable des systèmes éducatifs repose autant sur la coordination institutionnelle et l'utilisation de preuves de terrain que sur la simple mobilisation de capitaux.

[Présentation PPT]

Partie 2 / Passer du réactif à l'anticipatoire – Finance du risque (DRF) et assurances paramétriques

Beatriz Vaca (chargée des systèmes financiers à l’AFD) a ensuite introduit et modéré la deuxième partie du webinaire. Elle a commencé par un focus sur l’assurance paramétrique :  un mécanisme financier rapide, transparent et flexible qui déclenche un versement automatique dès le franchissement d’un seuil climatique prédéfini (comme un niveau extrême de précipitations). Contrairement à l’assurance traditionnelle, qui requiert une expertise longue et complexe des dommages réels, ce système s’appuie sur des données satellitaires indépendantes (comme Copernicus ou la NASA) pour valider l’événement et libérer immédiatement les fonds. Cet outil peut s’avérer donc pertinent pour le secteur humanitaire et la gestion des crises, car il permet d’anticiper les dépenses d’urgence indispensables lors de sécheresses, d’inondations ou d’ouragans. En garantissant une mise à disposition plus rapide des ressources financières pour soutenir les populations et maintenir les services essentiels, l’assurance paramétrique peut permettre de mutualiser les risques climatiques et de transférer leur charge financière vers le secteur privé.

Afin d’illustrer ce concept, Genevieve Kebe (Senior Policy advisor on education, International Rescue Committee) a pris la suite en présentant le projet pilote CREST. Financé par le FCDO au Kenya, CREST (Climate Resilient Education System Trial) a expérimenté l'assurance paramétrique contre la sécheresse afin d'assurer la continuité scolaire des enfants exposés aux risques climatiques. Un premier déclenchement a permis d'allouer 646 000 dollars pour verser des aides financières directes à plus de 7 500 ménages et garantir des cours de rattrapage ainsi qu'un soutien psychosocial. Une évaluation indépendante du projet a validé la faisabilité du mécanisme tout en identifiant des axes d'amélioration : corréler les seuils satellitaires au décrochage réel, préparer les circuits de décaissement en amont et réserver l'assurance aux chocs climatiques rares et sévères. En s'appuyant sur ces résultats et une étude conjointe avec la Banque mondiale, l'initiative a fait évoluer cette approche vers la plateforme ERFP (Education Risk Financing Platform) soutenue par le dispositif ERICC. Ce modèle systémique propose de stratifier le financement en quatre niveaux de gravité (des chocs fréquents aux crises extrêmes) en réorientant les budgets existants plutôt qu'en exigeant de nouveaux fonds. Grâce à cette expérimentation, le Kenya a intégré l'éducation dans sa stratégie nationale de financement des risques 2026-2030, ouvrant la voie à une généralisation du modèle. La société civile est quant à elle invitée à participer activement à la cartographie des risques, à l'élaboration des déclencheurs et au déploiement de solutions d'apprentissage d'urgence.

Genevieve Kebe a également rappelé que «l'assurance n'est pas la seule réponse. Il y a les fonds de contingence qui peuvent être utilisés. L'assurance est une des formes de financement mobilisable. Mais ce qui est important ici, c'est vraiment de mettre en place un disaster risk financing process, soit un process pour vraiment s'assurer qu'on est prêt financièrement pour faire face aux catastrophes et assurer la continuité éducative». 

[Présentation PPT]

Conclusion

En conclusion de ce Champion de l’éducation, Marie Vadronick (chargée de mission négociations - Bureau Climat au Ministère de la Transition Écologique) a présenté les priorités de la France pour la COP31 relatives à l'Action pour l'autonomisation climatique (ACE). Ce volet des négociations, fondé sur six piliers incluant l'éducation, la formation et la participation publique, doit déboucher sur un nouveau plan d'action quinquennal axé sur la mise en œuvre concrète. La France et l'Union européenne entendent y promouvoir l'intégration transversale du climat dans l'éducation et l'implication directe des ministères éducatifs au sein des politiques climatiques nationales (NDC et PNA), facilitant ainsi l'accès aux financements. Au niveau national, cette stratégie s'incarne par un plan de vingt mesures scolaires et la formation de tous les agents publics d'ici 2027, tandis qu'à l'international, elle s'illustre notamment par le projet CSIELO  en Amérique latine et l'intégration de jeunes délégués au sein des négociations. Face à la désinformation croissante, la délégation française insiste également sur la culture scientifique et l'esprit critique. Enfin, la délégation rappelle que l'accès aux fonds multilatéraux repose sur une synergie étroite entre climat, éducation et finances. «Ce sera vraiment notre priorité de faire reconnaître l'éducation non pas seulement comme un secteur vulnérable aux conséquences du changement climatique, mais aussi comme un investissement stratégique pour renforcer la résilience de sociétés à l'avenir».

 

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