Retours sur le Side Event Bonn : Making Education a Pillar of Climate Resilience

L’événement parallèle Making Education a Pillar of Climate Resilience *qui a eu lieu à Bonn en marge de la CCNUCC le 16 juin dernier, a visé à contribuer aux discussions en cours sur l’ « Action pour l’autonomisation climatique » (ACE), en particulier à l’examen à mi-parcours du programme de travail de Glasgow et au Dialogue de 2026. Il a eu pour objectif d’identifier des pistes concrètes pour renforcer le lien entre l’éducation et le climat dans les politiques nationales et internationales.

L’événement introduit et modéré par Mme Léa Rambaud (Coalition Éducation France) s’est ouvert par la présentation des recommandations formulées par les coalitions éducation du Burkina Faso, de la France, de Madagascar, du Sénégal et du Togo par M. Kofi Kanitom (CNT-EPT Togo) et Mme Louise Clément (Coalition Éducation France), puis par la présentation par M. Séna Alouka (JVE International) du contexte dans lequel ces recommandations s’inscrivent : à savoir la Déclaration de Lima (COP 20), la Déclaration sur le programme commun pour l'éducation et le changement climatique (COP 28), l'Accord de Paris et la Déclaration régionale sur l'éducation au changement climatique en Afrique de l'Ouest (COP 28).

Cet événement s'est déroulé en trois parties. 

Le cadre international : quelle ambition pour l'éducation dans les négociations sur le climat ?

M. Hussein Kassim (point focal ACE pour le Ghana) est d'abord revenu en détail sur le programme de travail de Glasgow lié à l'ACE. Ce cadre repose sur quatre priorités : la cohérence politique, la coordination, le suivi et l'évaluation. Le plan actuel arrivant à échéance, une révision est en cours pour adopter un nouveau plan d'action sur cinq ans. Le manque de financements constitue actuellement le principal obstacle à la mise en œuvre de ces objectifs. Des propositions ont ainsi été formulées afin de prioriser la mobilisation de ressources financières dédiées. Au niveau national, le Ghana déploie depuis huit ans une stratégie pour une économie verte et l'apprentissage climatique. Des contenus pédagogiques ont déjà été intégrés avec succès dans le primaire et le premier cycle du secondaire. Le pays recherche désormais de nouveaux partenaires pour obtenir les fonds nécessaires à l'extension du programme au lycée.

M. Yue Dong (du Ministère de la Transition Écologique de la France) a ensuite rappelé que le principal défi des négociations en cours était de traduire concrètement les engagements sur le terrain. Si l'éducation climatique progresse dans les stratégies nationales, la formation des enseignants et le manque de ressources restent des défis majeurs. Il a insisté sur le fait que face à la désinformation, développer la culture climatique basée sur la science (GIEC) est vital pour préserver la confiance publique. Bâtir la résilience exige une approche sociétale globale incluant les jeunes, que la France intègre d'ailleurs directement dans sa délégation officielle. A titre d'exemple, le ministère français de l'Éducation déploie également un plan d'action pour faire des écoles des lieux d'engagement écologique et d'apprentissage interactif. Parallèlement, le gouvernement français mène un programme ambitieux visant à former l'ensemble de ses fonctionnaires à la transition écologique. En vue des prochaines COP, la France soutient un nouveau plan ACE axé sur la participation citoyenne et l'intégrité de l'information.

Au-delà du cadre de l’ACE, un autre domaine où les discussions revêtent une importance particulière est celui des pertes et préjudices, qui vise à traiter de l’impact du changement climatique et du soutien apporté aux pays et aux communautés touchés.

Pour Mme Brenda Mwale (négociatrice chargée des pertes et préjudices au sein de la CCNUCC pour le Malawi), les négociations sur les pertes et préjudices s'enlisent souvent dans des discussions sur les mécanismes, les modalités de financement, les structures de gouvernance, ainsi que l'engagement institutionnel. “Bien que ces aspects soient très importants, si nous ne faisons pas attention, nous risquons de perdre de vue les personnes que ces décisions sont censées servir. Il s’agit donc tout particulièrement des enfants et des filles qui subissent au quotidien les conséquences du changement climatique.” Par exemple, au Malawi, la crise climatique se traduit concrètement par des écoles détruites et l'interruption de l'avenir des enfants. L'éducation est pourtant un rempart de résilience, protégeant notamment les jeunes filles de l'exploitation et des mariages précoces. L'accès à l'école doit donc être reconnu comme un pilier central de la réponse internationale face aux préjudices climatiques. Pour Brenda, premièrement, les financements doivent cibler directement la reconstruction d'infrastructures scolaires résilientes après une catastrophe. Deuxièmement, les enfants, les jeunes et les filles doivent être activement inclus dans la planification des politiques climatiques. Troisièmement, le succès des fonds alloués doit se mesurer par des indicateurs humains, comme le taux de retour en classe. L'efficacité des traités se jugera à leur capacité à sauvegarder le potentiel humain et les rêves des enfants les plus vulnérables.

Du niveau national à l'action : les exemples du Togo et du Sénégal

M. Komla Azankpo (juriste et point focal CCNUCC du Ministère de l'Environnement, des Ressources forestières, de la Protection du littoral et du Changement climatique du Togo) a analysé la synergie entre éducation et climat au Togo. L'éducation climatique y est définie comme essentielle pour faire face à la double crise des apprentissages et du climat. Les priorités nationales togolaises reposent ainsi sur l'intégration transversale du développement durable et de compétences vertes dans les programmes. Elles intègrent le rôle des éco-délégués dans le secondaire face à l'éco anxiété, ainsi que la rénovation thermique des infrastructures scolaires. Néanmoins, le déploiement se heurte à une fragmentation institutionnelle entre le ministère de l'Environnement et celui des Enseignements. Les contraintes financières, la forte dépendance aux aides internationales et le manque de formation des enseignants freinent également la mise en œuvre. De surcroît, la précarité économique des ménages accentuée par le climat provoque des abandons scolaires qui nuisent à la pérennité des politiques. Les perspectives opérationnelles prévoient des guides enseignants, des clubs environnementaux et l'institution d'une « rentrée scolaire verte ». [Présentation]

Ensuite, Dieynaba Sow (du Ministère de l’Environnement et de la Transition Écologique du Sénégal) a présenté l’exemple du Sénégal. Pour elle, ce nexus éducation-climat s'aligne sur l'ODD 4.7  pour promouvoir le développement durable et l'émergence d'une citoyenneté écologique active. Les réformes prévoient un continuum éducatif, de la maternelle à l'université, préparant les apprenants aux défis environnementaux spécifiques du Sahel. Le plan soutient une économie verte inclusive en formant la jeunesse aux métiers d'avenir comme les énergies renouvelables et la gestion durable de l'eau. Développé via la phase 2 du programme AdaptAction, le mode de financement se veut innovant, inclusif et sensible au genre. Les mécanismes financiers mobilisent des solutions alternatives telles que le financement participatif, les partenariats public-privé et la RSE. Le déploiement opérationnel sur le terrain s'appuie sur le programme national PROVES, alliant le reboisement des écoles à l'entrepreneuriat vert. Ce programme cible à terme la formation de 200 000 élèves, la plantation de millions d'arbres et l'évitement de 202 500 tonnes de CO2 par an. [Présentation]

Des politiques publiques à la mise en œuvre : quelles solutions concrètes ?

Pour terminer cet événement, Mme Amandine Hersant (Présidente de Planète Urgence) a présenté l’approche intégrée de Planète Urgence associant la conservation des forêts à l'éducation des adultes et des enfants. L'éducation environnementale est définie comme le prérequis absolu pour que les populations comprennent, aiment et protègent leur écosystème. Au Bénin, un projet mené dans 50 écoles a permis de développer l'« ÉcoKit », un guide pédagogique adapté à la biodiversité locale. Cette initiative a transformé la théorie en actions concrètes bénéfiques pour les communautés, comme la création de potagers et l'accès à l'eau. L'enjeu actuel est le passage à l'échelle via l'intégration systématique de ces outils dans les programmes nationaux et la formation des enseignants. Cette institutionnalisation doit être pilotée par l'État, tandis que la société civile doit se concentrer sur l'expertise et l'innovation. Le succès global de cette démarche repose sur trois piliers non négociables : la collaboration associative, l'engagement politique et la solidarité internationale. Au-delà des indicateurs chiffrés, cette éducation transforme des milliers de trajectoires humaines en constituant un véritable apprentissage pour la vie.

Conclusion

En conclusion, un appel à l’action a été adressé aux États et aux partenaires techniques et financiers. Afin de généraliser ces réussites à l’échelle mondiale et de bâtir un avenir résilient, nous exhortons les États membres, les bailleurs de fonds internationaux et les partenaires de développement à :

  • Intégrer l’éducation dans les politiques de lutte contre le changement climatique : intégrer pleinement l’éducation au changement climatique et la culture environnementale dans les politiques publiques nationales, les programmes scolaires et les programmes de formation des enseignants.
  • Renforcer les financements dédiés : donner la priorité à des financements prévisibles, à long terme, tant locaux qu’internationaux, spécifiquement ciblés sur le lien entre éducation et climat.
  • Soutenir les mécanismes ACE : apporter un soutien politique et financier solide aux cadres « Action for Climate Empowerment » (ACE) afin de concrétiser les engagements mondiaux sur le terrain.
  • Reconnaître les systèmes éducatifs comme des infrastructures de résilience essentielles : considérer les réseaux éducatifs non seulement comme des services sociaux, mais aussi comme des infrastructures de première ligne cruciales, vitales pour les stratégies nationales d’adaptation au changement climatique et de survie.

“L’éducation n’est pas simplement une composante de la politique climatique — c’est notre stratégie d’adaptation ultime et la plus vitale. Nous espérons que cet appel à l’action sera repris lors de la COP 31 et au-delà.” 

 

*Co-organisateurs et partenaires du side-event: Action Education, Agence Française de Développement, CN-EPT/Burkina Faso, CNT/EPT Togo, Coalition Éducation France, COSYDEP Sénégal, Education Out Loud - Global Partnership For Education, Jeunes Volontaires pour l’Environnement, Planète Urgence, Plan International.