Financement de l'éducation : l'ENACE appelle l'Union européenne à renforcer son engagement

À l'heure où l'Union européenne prépare son prochain Cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034, la European and North American Campaign for Education (ENACE) publie des recommandations pour renforcer le financement de l'éducation. Elle appelle les institutions européennes à mobiliser des ressources à la hauteur des défis éducatifs mondiaux et des engagements déjà pris par l'Union européenne.

En tant que membre de l'ENACE, la Coalition Éducation relaie cet appel en faveur d'une éducation comme droit humain fondamental, bien public mondial et investissement stratégique pour le développement durable.

Une urgence mondiale qui exige des engagements à la hauteur 

Le monde est confronté à une crise mondiale de l'éducation. Aujourd'hui, 273 millions d'enfants et de jeunes ne sont pas scolarisés (Unesco). En 2024, les crises climatiques ont perturbé la scolarité de 242 millions d'élèves (Unicef), tandis que 44 millions d'enseignants supplémentaires (Unesco) seront nécessaires d'ici 2030 pour atteindre l'Objectif de développement durable 4 consacré à une éducation inclusive, équitable et de qualité.

Les conséquences du sous-investissement dans l'éducation sont considérables. La déscolarisation et les carences éducatives représentent des pertes économiques mondiales estimées à 10 000 milliards de dollars par an (Unesco).

Une récente évaluation indépendante de la Direction générale des partenariats internationaux de la Commission européenne confirme que l'éducation constitue l'un des investissements les plus stratégiques de l'Union européenne pour promouvoir le développement durable, la résilience économique, la stabilité et la gouvernance démocratique.

Le prochain budget européen doit faire de l'éducation une priorité 

Principal acteur mondial de la coopération internationale et de l'action humanitaire, l'Union européenne a un rôle déterminant à jouer pour soutenir des systèmes éducatifs publics, inclusifs et résilients.

Alors que les discussions sur le futur Cadre financier pluriannuel et le futur instrument Global Europe sont en cours, l'ENACE alerte sur le risque que l’éducation ne soit plus suffisamment priorisée dans l'action extérieure de l'Union européenne. Si cette dernière est reconnue comme un pilier de la stratégie Global Gateway, l'accent croissant mis sur les infrastructures, les investissements économiques et la sécurité ne doit pas se faire au détriment du développement humain, dont l'éducation est un pilier essentiel. À cet égard, il est indispensable de préserver, voire de renforcer, le niveau d'ambition consacré au développement humain inscrit dans le Consensus européen pour le développement.

Ces objectifs sont complémentaires : l'investissement dans le développement humain, et notamment l'éducation est une condition indispensable à la réussite et à la durabilité des investissements économiques, sociaux et infrastructurels. Sans systèmes éducatifs solides, les bénéfices à long terme des politiques de développement demeurent limités.

L'ENACE appelle donc le Parlement européen à replacer l'éducation au cœur de l'action extérieure de l'Union européenne, en fixant des objectifs financiers ambitieux, des engagements mesurables et une meilleure intégration de l'éducation dans les différents instruments européens.

Des engagements concrets pour garantir le droit à l'éducation

Afin de faire de l'éducation une véritable priorité de l'action extérieure de l'Union européenne, l'ENACE recommande notamment de :

  • Consacrer au moins 20 % des financements de la coopération internationale et du développement de l'Union européenne au développement humain et à l'inclusion sociale, dont au moins 10 % à l'éducation, conformément aux engagements déjà pris par le Parlement européen et la Commission européenne. L'ENACE regrette que ces objectifs n'aient pas été retenus dans le rapport préliminaire sur le futur instrument Global Europe et appelle à sa réintégration au cours des négociations. Ces financements doivent couvrir l'ensemble du continuum éducatif, de l'éducation de la petite enfance à l'apprentissage tout au long de la vie.
  • Maintenir l'engagement de réserver au minimum 10 % des financements humanitaires de l'Union européenne à l'éducation en situation d'urgence, conformément aux engagements déjà pris par l'UE. Face à la multiplication des crises, des conflits et des catastrophes climatiques, l'ENACE rappelle que l'éducation est un besoin vital qui protège les enfants, garantit la continuité des apprentissages et favorise la résilience des communautés.
  • Protéger et renforcer les systèmes d'éducation publique, gratuite, inclusive et de qualité, en veillant à ce que les financements européens s'inscrivent dans une approche fondée sur les droits humains et le principe de « Ne laisser personne de côté’ de l’Agenda 2030 » ;
  • Soutenir les pays partenaires dans le renforcement de leurs systèmes éducatifs publics et éviter les mécanismes de financement qui accentuent les inégalités ;
  • Investir davantage dans le recrutement, la formation, la valorisation et le développement professionnel des enseignant.e.s ;
  • Renforcer la résilience des systèmes éducatifs face aux crises climatiques, sanitaires et humanitaires, notamment en investissant dans des infrastructures scolaires sûres et adaptées ;
  • Améliorer la transparence des financements et renforcer la participation de la société civile, des organisations d'enseignants et des jeunes à l'élaboration et au suivi des politiques éducatives.

La Coalition Éducation invite l'ensemble de ses partenaires et des acteurs engagés pour le droit à l'éducation à relayer ces recommandations afin de faire de l'éducation une priorité du prochain cadre financier de l'Union européenne.