À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation, la Coalition Éducation réaffirme son engagement pour garantir le droit à une éducation publique, inclusive et de qualité pour tou.te.s et lance un appel à l'action. Dans un contexte marqué par des coupes budgétaires majeures, un questionnement profond de la solidarité internationale et de son architecture, ainsi que par une instabilité croissante (conflits, déplacements forcés, crises climatiques et économiques), l’éducation doit rester une priorité politique et budgétaire. Elle constitue un levier essentiel pour le développement des sociétés, la cohésion sociale et la réalisation des droits humains.
Alors que l’année 2026 sera ponctuée d’échéances majeures - notamment les reconstitutions des fonds du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE) et d’Education Cannot Wait (ECW), la présidence française du G7, ainsi que l’adoption potentielle d’un budget 2026 à nouveau fortement défavorable à la solidarité internationale - la mobilisation de la société civile est plus que jamais indispensable pour faire entendre la voix des communautés éducatives et s’assurer que les États tiennent leurs engagements.
L'éducation est un pilier des droits humains et des Objectifs de développement durable. Elle protège, émancipe et sauve des vies.
Les crises éducatives ont un coût immense : l’UNESCO estime à 10 000 milliards de dollars par an le coût mondial de la déscolarisation et des lacunes éducatives.
Au-delà de l’économie, l’éducation réduit les risques de violence, d’exploitation et de mariages précoces, et renforce la santé et la cohésion sociale. Elle est aussi essentielle face aux catastrophes : 200 000 décès pourraient être évités si chaque enfant accédait à une éducation secondaire complète d’ici 2030 (PME).
Quand l’éducation recule, ce sont les enfants et les jeunes qui paient le prix fort.
Un récent rapport de l’UNICEF alerte sur une dynamique de désengagement rapide et simultané de plusieurs bailleurs majeurs, au moment même où les besoins éducatifs explosent sous l’effet des crises, des déplacements forcés, de l’instabilité et de la pression démographique.
Les signaux sont alarmants :
L’arrêt des projets et programmes survenus après ces coupes budgétaires a été fortement ressenti par les enfants et les communautés. Ce sont des projets qui ciblaient des zones vulnérables et adressaient des questions sensibles : langues nationales, éducation inclusive, enfants à besoins éducatifs spéciaux, zones frontalières.
Cheikh Mbow, Directeur Exécutif de la Cosydep Sénégal
Les coupes budgétaires au Burkina Faso ont eu des conséquences assez négatives sur le respect du droit à l’éducation, surtout pour les enfants handicapés et les enfants en situation d’urgence. Il y a du matériel pédagogique qui devait être acheté pour les enfants handicapés, ça n’a pas pu l’être. Il y a l’alimentation scolaire pour les élèves déplacés internes qui a aussi subi un coup.
Tahirou Traoré, Coordinateur de la Coalition nationale pour l’éducation pour tous du Burkina Faso
Face à cette crise, des appels se multiplient en faveur de “financements innovants”. La Coalition Éducation reconnaît l’intérêt d’explorer des leviers complémentaires à condition qu’ils ne deviennent pas un alibi au désengagement public et qu’ils contribuent au renforcement des systèmes éducatifs, dans le respect du droit à l’éducation.
Le véritable enjeu est structurel : préserver et renforcer les investissements publics éducatifs afin de garantir une éducation gratuite, inclusive et de qualité. Conformément à l’Appel à l’action sur le financement de l’éducation du Sommet sur la transformation de l'éducation, cela implique de traiter les déterminants systémiques de l’espace budgétaire, notamment la fiscalité, la soutenabilité de la dette et les politiques d’austérité, qui contraignent durablement les capacités d’investissement des États dans les services publics essentiels.
Selon ActionAid, plus de 50 % des pays à faible revenu dépensent davantage de ressources au service de la dette qu’à l’éducation. Dans ce contexte, la Coalition Éducation appelle à soutenir des mesures de réduction, de restructuration et, lorsque nécessaire, d’annulation de la dette, afin de libérer des ressources durables pour l’éducation.
Enfin la Convention-cadre des Nations unies sur la fiscalité, actuellement en négociation et appelée à entrer en vigueur à partir de 2027, constitue une opportunité majeure pour avancer vers une mobilisation plus juste des ressources, notamment dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
L’approche par les droits humains doit guider toutes les décisions de financement
La Coalition Éducation appelle à ce que toute décision de financement de l’éducation - publique, innovante ou privée - soit évaluée à l’aune du droit à l’éducation, de l’équité et de l’intérêt général, conformément aux Principes d’Abidjan. Cela implique notamment de prévenir les risques de marchandisation, d’influence disproportionnée des acteurs privés et d’aggravation des inégalités, et de garantir la redevabilité des acteurs.
Dans un monde traversé par des crises multiples, l’éducation ne peut plus être la grande oubliée des réponses d’urgence : elle est une condition de protection, de stabilité, de reconstruction et d’accès aux services essentiels.
À l’occasion de cette Journée internationale de l’éducation, la Coalition Éducation appelle :