Plus de 8 500 attaques contre des écoles et des universités ont été recensées dans le monde entre 2024 et 2025, soit une augmentation de plus de 40 % par rapport à la période 2022-2023. C'est le constat alarmant du rapport Education Under Attack 2026, publié par la Global Coalition to Protect Education from Attack (GCPEA). L'organisation indique que les violences visant les établissements scolaires, les enseignant·e·s et les étudiant·e·s ont atteint leur plus haut niveau jamais enregistré.
Face à cette intensification et alors que cette tendance se poursuit en 2026 comme en témoignent les attaques récentes contre des établissements scolaires notamment à Gaza, en Ukraine, au Soudan et en Iran, la Coalition Éducation et le réseau INEE appellent les États à renforcer leurs engagements en faveur de la protection de l'éducation dans les situations de conflit. Ils demandent de respecter et faire respecter le droit international humanitaire, la pleine mise en œuvre de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles et du Cadre global pour la sécurité scolaire 2022-2030, afin de mieux protéger les établissements d'enseignement et de cesser leur utilisation à des fins militaires.
Une hausse sans précédent des attaques contre l'éducation
Le rapport recense au moins 8 566 attaques contre l'éducation dans 83 pays entre 2024 et 2025, soit une augmentation de plus de 40 % par rapport à la période 2022-2023. Au moins 10 600 élèves, étudiant·e·s, enseignant·e·s et personnels éducatifs ont été tués, blessés, enlevés ou victimes d'autres formes de violences.
Les établissements scolaires demeurent particulièrement exposés. Plus de 3 000 attaques ont directement visé des écoles, provoquant des milliers de fermetures temporaires ou définitives et privant de nombreux enfants de leur droit à l'éducation. Le rapport met également en évidence une forte augmentation de leur utilisation à des fins militaires : plus de 1 900 cas d'occupation militaire d'écoles ou d'universités ont été documentés, contre environ 1 000 lors de la précédente édition. Cette pratique accroît les risques de bombardements et d'affrontements autour des établissements.
Certains contextes de crises sont particulièrement touchés. La Palestine (3 078 attaques), l'Éthiopie (1 243), l'Ukraine (960), la République démocratique du Congo (686), la Colombie (426) et Haïti (419) enregistrent les nombres d'attaques les plus élevés. L'Inde recense quant à elle 6 734 élèves et personnels éducatifs touchés, tandis que le Myanmar, le Nigeria, le Yémen et le Cameroun figurent également parmi les pays où les conséquences humaines sont les plus lourdes.
Le rapport met aussi en lumière l'évolution des méthodes de guerre. Au moins 1 200 attaques impliquant des armes explosives ont été recensées dans 21 des 28 pays étudiés. L'utilisation des drones est en forte progression, avec 320 attaques documentées, ayant causé la mort ou des blessures à près de 300 élèves ou membres du personnel éducatif et endommagé ou détruit plus de 250 écoles.
Ces constats rejoignent ceux du dernier rapport (2024) du Secrétaire général des Nations unies sur les enfants et les conflits armés. Fondé sur le Mécanisme de surveillance et de communication de l'information (Monitoring and Reporting Mechanism - MRM), mandaté par le Conseil de sécurité des Nations unies, ce rapport liste le nombre et les auteurs des 6 violations graves des droits de l'enfant en temps de conflits armés : les meurtres et mutilations, les enlèvements, le recrutement d'enfants dans les forces et groupes armés, les violences sexuelles, le refus d'accès humanitaire, les attaques contre les hôpitaux et les écoles. Au-delà du constat, il appelle les États et les parties aux conflits à prévenir ces violations, à lutter contre l'impunité de leurs auteurs et à mettre pleinement en œuvre leurs engagements internationaux, notamment la Déclaration sur la sécurité dans les écoles.
Au-delà des conflits armés, les atteintes au droit à l'éducation prennent également la forme de répressions contre les mouvements sociaux. Plus de 7 000 étudiant·e·s, enseignant·e·s et personnels éducatifs ont été arrêtés ou détenus lors de manifestations liées à l'éducation entre 2024 et 2025, notamment en Inde, au Kenya, au Mozambique et au Pakistan.
Face à cette aggravation, la Coalition Éducation et le réseau INEE se joignent à l'appel de la GCPEA et exhortent les États à renforcer la protection juridique des établissements scolaires, à mettre fin à leur utilisation à des fins militaires et à investir davantage dans des mécanismes de prévention afin de protéger les élèves, les enseignant·e·s et les personnels éducatifs.
Les attaques contre l’éducation compromettent durablement l’accès à l’enseignement, fragilisent les communautés et hypothèquent les perspectives de paix et de développement dans les pays touchés par les conflits, alors même que les établissements scolaires constituent des espaces protecteurs qui, au-delà de leur mission éducative, contribuent à préserver des vies et, parfois, à les sauver.
Dans ce contexte, la Coalition Éducation et le réseau INEE appellent la France à mobiliser l'ensemble des moyens diplomatiques, politiques et financiers à sa disposition pour faire respecter le droit international humanitaire (DIH) et renforcer la protection des enfants, des personnels éducatifs et des établissements scolaires dans les contextes de crise. L'Initiative mondiale en faveur du DIH, copilotée par la France et dont une conférence se tiendra en Jordanie en décembre 2026, constitue une opportunité majeure pour renforcer la prévention des attaques contre les écoles et promouvoir le respect des normes internationales.
La Coalition Éducation et l'INEE invitent également la France à renforcer son soutien à la mise en œuvre effective de la Déclaration sur la sécurité dans les écoles), qui a célébré son dixième anniversaire en 2025, ainsi que de la Déclaration politique sur le renforcement de la protection des civils contre les conséquences humanitaires découlant de l'utilisation d'armes explosives dans les zones peuplées (EWIPA), dont l'application est essentielle au regard de l'évolution des méthodes de guerre et de leurs impacts sur les enfants et les systèmes éducatifs.
Enfin, ils appellent la France à renouveler son engagement en faveur du fonds Education Cannot Wait, dont la conférence de reconstitution des ressources se tiendra en novembre 2026, et à mobiliser les moyens financiers et politiques nécessaires à la mise en œuvre effective de l'éducation en situations de crise, reconnue comme une priorité transversale de la Stratégie humanitaire de la France 2023-2027.
À l'heure où les attaques contre l'éducation atteignent un niveau sans précédent, la France doit faire de la protection du droit à apprendre une priorité de son action humanitaire et diplomatique et contribuer activement à garantir que les écoles demeurent des espaces de protection, d'apprentissage et d'espoir pour tous les enfants et les jeunes.