Éducation en situation de crise

Parmi les 58 millions d'enfants qui ne sont pas scolarisés dans le monde entier, plus de la moitié vit dans les pays touchés par les conflits. 

En situation d’urgence – catastrophes naturelles, épidémies, guerres, afflux de réfugiés - l’éducation n’est pas suffisamment priorisée par les interventions humanitaires. Pourtant, le manque de ressources et de capacité locale dans les pays affectés par des crises humanitaires prive les populations les plus démunies d’accès à l’éducation. Selon l'INEE, la durée moyenne d’un conflit est de 10 ans et les familles demeurent en moyenne 17 ans dans un camp de réfugiés ou de personnes déplacées internes (PDI).

En 2015, 34 millions d’enfants et d’adolescents ne sont pas scolarisés dans les pays touchés par un conflit (UNESCO). En Syrie après cinq années de conflit, 18% des écoles sont entièrement détruites, 4 millions d’enfants sont sortis du système scolaire et on estime à 60 le nombre d’écoles ayant été la cible d’attaques pour la seule année 2014 (UNICEF).

Autre région, autre crise, en Afrique de l’ouest l’épidémie d’Ebola a entraîné la fermeture d’écoles accueillant 5 millions d’enfants, qui ne ré-ouvrent que lentement.

Maintenir et renforcer l’éducation de qualité est   essentiel pour combattre les crises humanitaires. A travers l’éducation, il s’agit de donner aux populations et en particulier les plus jeunes, un soutien psycho-social, un cadre pour la construction de projets individuels et collectifs, ainsi que les connaissances et les compétences pour conserver un espoir en l’avenir. Trop souvent la cible de violences, les écoles et autres espaces d’apprentissage sont pourtant le creuset de sociétés pacifiées, tolérantes et respectueuses des libertés de chacun. Ils constituent par ailleurs pour les garçons comme pour les filles des lieux sûrs contre les dangers liés à un environnement de crise tels que les violences, les mariages précoces ou forcés, le recrutement dans des groupes armés ou le crime organisé. Les écoles sont également le point d’accès à d’autres services essentiels tels que la nutrition, l’eau, l’assainissement et les services de la santé.

L’aide humanitaire est un moyen fondamental pour améliorer l’éducation des populations touchées par les crises. Elle permet de financer les agences intergouvernementales et les ONG opérationnelles sur le terrain dès le début d’une nouvelle crise, et notamment d’organiser des activités éducatives, former des enseignants, distribuer du matériel d’enseignement et d’apprentissage adapté, construire des abris et lieux d’éducation temporaires et reconstruire des écoles. En 2014, moins de 2% de l’aide humanitaire ont été consacrés à l’éducation à l’échelle globale. On estime à 2,3 milliards de dollars le montant annuel nécessaire pour scolariser les enfants dans les pays en conflit – soit un montant dix fois supérieur à la part de l’aide humanitaire actuellement consacrée à l’éducation.

Aujourd’hui, la « crise des réfugiés et des migrants » associée aux conflits en Syrie et dans tout le Moyen-Orient suscite l’attention de la communauté internationale, notamment sur la nécessité de trouver des solutions pour le financement de l’éducation dans les situations d’urgence, notamment en cas de conflit prolongé.

En juillet 2015, lors du sommet d’Oslo sur l’éducation pour le développement, l’envoyé spécial des Nations Unies pour l’éducation globale Gordon Brown a souligné la nécessité de créer un fonds humanitaire pour l’éducation en situation d’urgence, qui devrait voir le jour en 2016, et la Commission Européenne s’est engagée à consacrer 4 % du budget de l’aide humanitaire de l’UE à l’éducation dans les situations d’urgence.

En Février 2016 à la Conférence de Londres sur le conflit syrien, les dirigeants du monde entier et notamment les grands pays donateurs se sont engagés à augmenter l’aide au peuple syrien, et l’éducation a occupé une place centrale dans les discussions entre gouvernements.

Lors du premier sommet humanitaire mondial qui s'est tenu à Istanbul en mai 2016, Gordon Brown a annoncé le lancement du fonds Education Cannot Wait  (L’éducation ne peut attendre ) « destiné à mieux coordonner les aides et encourager les investissements dans l’éducation au profit des enfants et des jeunes touchés par des urgences humanitaires ou des crises prolongées » selon un communiqué du Partenariat mondial pour l’éducation (PME). Ce fonds prévoit de consacrer 3,85 milliards de dollars sur cinq ans à l’éducation dans les situations de crises afin de permettre à plus de 13,6 millions d’enfants et de jeunes vivant au cœur des conflits, des catastrophes naturelles ou des épidémies de bénéficier d’une éducation de qualité.

Nos recommandations : 

L’augmentation de l’aide humanitaire pour l’éducation est indispensable pour aider les pays touchés par une crise ou accueillant des populations réfugiées sur leur sol à ajuster les politiques d’éducation, améliorer les infrastructures d’apprentissage et donner aux enseignants les moyens d’assurer une éducation de qualité. Pour cela, les pays riches doivent s’engager à :

  • Consacrer au moins 4% de l’aide humanitaire à l’éducation ;
  • En tant que pays d’accueil, intégrer les réfugiés dans leur système d’éducation national ;
  • Prendre des engagements pluriannuels ambitieux pour financer le fonds Education Cannot Wait ;
  • En tant que donateurs internationaux, faire de l’éducation une priorité lorsqu’ils répondent aux crises impliquant des déplacements de populations.


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